Papa pour la première fois

Quand il a été question d’avoir un bébé, j’étais probablement comme tous les hommes, en tout cas, ceux que je connais. Je n’étais jamais prêt. Je me disais qu’on avait le temps que j’aimais ma vie comme ça, que c’était immense comme changement et comme décision. J’évitais le sujet consciemment ou non… et tout d’un coup, c’est arrivé, la bedaine est apparue et les mois ont déboulé.

Je ne savais pas si c’était un «il» ou une «elle», je ne voulais pas savoir, mais j’entendais Véro parler à une certaine Romance (à partir du moment où on a trouvé ce nom). Je lui disais souvent de ne pas trop insister que c’était peut-être un petit garçon. Mais je pense qu’elle lui parlait comme ça naturellement, sans se poser de questions. Inconsciemment, j’y croyais surement aussi!

Mais moi, je m’en posais des questions : vais-je savoir comment faire? Vais-je avoir de l’instinct? À quel point ma vie d’aujourd’hui sera derrière moi? Qu’est-ce que ça va changer entre Véro et moi? Je n’avais aucune réponse véritable, sauf celles qui me parvenaient de mes amis. Ce que je savais par contre, c’est que l’expérience de chacun est différente et il n’y a à peu près rien de commun dans cette aventure.

D’ailleurs, l’arrivée de Romance n’avait effectivement rien de commun. Véro en parle dans son article Comme dans les filles de Caleb. Moi j’ai vécu cette expérience ancré dans le moment présent comme jamais. C’est peut-être le moment où nous avons le mieux travaillé en « équipe ». Une vitesse folle, vraiment. À un moment tu regardes un film, tranquille, tout est fait, tout est prêt et paf !, 35 minutes plus tard tu es papa! Oui c’est arrivé aussi vite que ça! Quand j’ai vu sa petite tête sortir et tourner des deux côtés pour placer ses petites épaules pour la prochaine poussée, c’est là que j’ai compris que ma vie allait changer, non, qu’elle avait changé. Là, à cet instant même. Et quand Véro prenait quelques minutes pour se remettre de l’accouchement, la sage-femme m’a donné Romance, nue, sur mon torse nu, peau à peau. J’ai senti alors que mon rôle de papa était commencé : celui de protéger et d’aimer ma fille, toute ma vie, coûte que coûte.

Ce premier contact a été unique, je ne l’ai jamais vécu à nouveau, en tout cas, pas de la même façon.

Et mon rôle dans tout ça ?

Avec un mode de vie plus naturel (et un accouchement très très naturel !), il allait de soi que nous allions choisir l’allaitement exclusif. Ce qui veut dire que je n’avais pas de biberon à donner, que je ne partageais pas ce moment si particulier de l’allaitement. Pendant cette période, je me suis assuré d’être utile ailleurs, et pas seulement pour apporter des verres d’eau à maman, mais en m’occupant de faire fonctionner la maisonnée et en soutenant Véro du mieux que je pouvais.

Un papa n’a pas ce pouvoir de réconfort ultime: le sein et le lait maternel. Cela m’a donc pris plusieurs semaines, voire plusieurs mois, pour réaliser que je pouvais, moi aussi, être un vrai réconfort pour Romance, que mes bras étaient bénéfiques pour elle. J’ai longtemps eu comme réflexe de la confier à sa mère et au bon lait réconfortant dès que je sentais chez elle un inconfort. J’avais l’impression que chaque fois qu’elle pleurait, c’était pour manger. Parfois, je me suis trompé, parfois, j’ai eu raison. À un certain moment, j’ai même décidé de ne plus m’en mêler, de laisser maman gérer l’allaitement. Elle avait visiblement un bien meilleur instinct que moi là-dessus ! J’avais alors l’impression d’avoir le contrôle sur bien peu de choses, mais j’ai appris à lâcher prise et à être à l’écoute.

La paternité est un apprentissage de tous les jours. On ne peut jamais être vraiment prêt parce qu’au fond, on n’y connait rien ! Il faut se faire confiance, à nous-mêmes et à notre couple, il faut se donner le droit de se tromper et ne pas croire que c’est plus facile pour la maman !

Aujourd’hui, Romance a dix mois, elle me reconnait, me sourit tout le temps et tend les bras pour que je la prenne. Romance et moi avons une belle relation, je sais que je compte pour elle et je l’aime comme je ne pensais pas que c’était possible d’aimer ! Je suis un papa comblé (bon, à part en sommeil!). Je réalise qu’il faut laisser chaque étape passer sans se poser trop de questions. Être présent, disponible, à l’écoute et. C’est. Tout.

Je réalise de plus en plus chaque jour que j’ai un impact dans la vie de mon enfant et que jamais, ni elle, ni moi, serons remplaçables. Nous sommes liés pour toujours dans le plus beau et le plus grand projet d’apprentissage au monde: la vie de famille!

– Hubert

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