214 lundis

 

Mon histoire commence un lundi matin, sur la toilette, à faire pipi sur ce petit bâtonnet qui m’apprend que je m’apprête à vivre une aventure incroyable. Nous étions prêts à franchir cette étape, mon conjoint et moi, mais c’est toujours un peu fou de voir se former sur ce fameux bâtonnet prédicteur d’avenir, le signe indiquant « positif ». La stupéfaction passée, j’écris une lettre remplie d’émotion à mon chum, je joins le test de grossesse et j’emballe le tout dans un joli paquet cadeau, qui l’attend à son retour du travail. Ce fut un moment magique !

214 lundis plus tard, mon fils à quatre ans. Lorsque j’évoque mon accouchement en compagnie de sages-femmes, j’observe des réactions partagées. Certains auront un grand sourire avec des yeux attendris et les autres, un visage d’émoji épouvanté avec les mots : « PAS DE PÉRIDURALE? » Voilà, c’est ça ! Pas d’anesthésie ! Mais beaucoup, beaucoup, beaucoup de bienveillance.

À vrai dire, j’aime plus que tout savoir que, dans la vie, nous avons le choix. J’adore dire que je suis une « hybride » en raison des choix que je fais. J’ai une voiture hybride et je commande ma pizza végétarienne avec extra bacon. J’achète des vêtements neufs autant qu’usagés. Bref, mon bonheur est dans la variété. C’est justement dû à l’importance que j’accorde au fait d’avoir le choix, que je trouve fondamental que le service des sages-femmes soit davantage connu. Comme le dit si bien Jean de La Fontaine dans Le renard, le loup et le cheval (1963) : « … que de tout inconnu le sage se méfie… »

Au suivant!

Retour à ce fameux lundi numéro un. Mon chum ouvre son cadeau et nous pleurons à cœur joie. Nous sommes émus, la vie est belle. Aussitôt dits aussitôt faits, nous voilà à chercher un médecin pour le suivi de grossesse. Le CLSC nous donne une liste de 15 médecins à contacter pour savoir s’ils ont de la place pour faire le suivi de grossesse. Arrivée à la fin de la liste, je trouve une médecin qui a de la disponibilité (la seule sur les 15!). Celle-ci pratique dans une clinique semi-privée, elle nous fait payer les coûts de tous les tests. Ayant en général une attitude positive, je me dis : « Bon. Ce n’est pas si pire au moins c’est rapide ». Rapide? C’est le cas de le dire ! Mes rencontres durent en moyenne 15 minutes ! Je pose des questions et j’obtiens des réponses expéditives qui semblent vouloir signifier : « Tu n’as pas lu ton livre sur la maternité? » Oui. En réalité, j’en lis trois à la fois ! C’est ma première grossesse, je veux donc tout faire parfaitement.

Après quelques semaines, je sors d’une rencontre troublée. En fait, je me suis fait dire que j’étais trop grosse. Les filles, vous comprenez sans doute que le mélange d’hormones et du mot « grosse » ne fait pas bon ménage. Avertissement, ne pas servir ce cocktail, sans alcool bien sûr, à une femme enceinte, car celui-ci risque de s’appeler bombe fumante ou volcan en éruption ! Le pire, c’est que ce cocktail fut « shaké » avec la mise en garde suivante : « Attention, manger moins de pain, patate, etc. » Finalement, durant ma grossesse, j’ai pris 35lbs ! Je mesure 5 pieds 9 pouces et à l’époque je pesais 136 livres ! À vous de juger !

Bref, le suivi est compliqué et impersonnel, je dois me rendre à des endroits différents pour chaque rendez-vous : des prises de sang, échographies, tests de glycémie et j’en passe, et ce, avec beaucoup d’attente dans des salles d’hôpitaux bondés ! J’ose espérer que ce n’est pas la même chose partout, mais mon expérience, c’était celle-là. Soit dit en passant, j’admire énormément le travail des professionnels et techniciens de la santé, toutes disciplines confondues, j’en suis une ! Simplement, je cherche ici à faire rayonner une profession qui est dans l’ombre et qui mérite sa place au soleil.

C’est alors que ma mère me parle des sages-femmes. Ma première réaction est de lui dire : « Maman, ce n’est pas parce que tu as accouché deux fois sans péridurale que tu es végétarienne, grano, bio et écolo… que je le suis aussi. Respecte mes choix, svp ». En fait, ma mère insiste quand même pour que je prenne leurs coordonnées et que je prenne l’information afin de me faire ma propre opinion. J’achète la paix. Vous prévoyez la suite ! J’ai téléphoné, j’ai été conquise et j’ai convaincu mon chum d’emprunter cette voie. Je ne me suis pas dit: « Youppi, je vais souffrir et accoucher sans péridural ! ». Non ! À cet instant, je ne pense même pas à ça. Mais le service ! Wow ! Cinq étoiles ! Le sentiment d’être considérée, accueillie, écoutée ! Se sentir extraordinaire et vivre un moment unique !

Un suivi vraiment personnalisé

Plusieurs bébés naissent chaque jour. En tant que parents, nous aimons penser que cet évènement si grandiose est spécial et incomparable. Les sages-femmes ont fait de mon expérience une aventure exceptionnelle. Mes rencontres avec elles durent en moyenne 1 h à 1 h 30, car c’est ce dont nous avons besoin. Elles s’adaptent à nous. À ce moment, c’était nous qui décidions. Alors, petit à petit, j’ai gagné de la confiance et j’ai eu envie d’essayer un accouchement naturel. Mon conjoint m’a suivi même s’il trouvait l’idée un peu folle. Jusqu’au bout, je me suis accordée la possibilité de prendre un soutien médical au besoin.

Le 21 septembre 2013 journée internationale de la paix. J’ai perdu mes eaux à minuit trente, mon conjoint appelle la sage-femme qui veut me parler : « Eh bien, Marie, félicitations ! Tu vas accoucher dans les 24 à 48 heures. Repose-toi et rappelez-moi lorsque les contractions débuteront. » Trente minutes plus tard, les contractions arrivent. La première est faible, je ne suis même pas certaine si c’en est une. Trente minutes plus tard, je suis couchée en position fœtale hurlant de douleur. C’est arrivé comme ça, sans autre avertissement outre la perte des eaux une heure avant, à 38 semaines et 3 jours.

Lorsque les contractions se font régulières, la sage-femme nous dit qu’elle est en route vers notre maison. La pauvre, elle n’a dormi que quelques heures, car la veille, elle a accompagné la naissance d’une autre famille. À son arrivée, elle m’examine et mentionne qu’il est temps de se préparer pour aller à l’hôpital. Elle appelle ses collègues, une autre sage-femme et l’aide-sage-femme, pour que toutes se rendent au centre hospitalier. À l’hôpital Saint-Luc, deux chambres sont réservées pour les naissances avec sage-femme. Les chambres sont privées et bien équipées incluant un ballon d’exercice, serviette, salle de bain privée, accès au bain et au médecin en tout temps.

Un service VIP jusqu’au bout!

J’avais le choix d’accoucher chez moi, en maison de naissance ou à l’hôpital. Merveilleux, n’est-ce pas ? Nous avons choisi l’hôpital avec l’accompagnement des sages-femmes, c’était pour nous le meilleur des deux mondes. Nous sommes rassurés, car au besoin, les médecins peuvent agir sur-le-champ. Je peux aussi demander la fameuse péridurale, si je le souhaite. Nous nous sentons en confiance et nous avons reçu un service VIP. En résumé, elles sont trois en plus de mon chum à prendre soin de moi, sans arrêt.

Arrivé à l’hôpital, je n’ai jamais senti de pires douleurs, je dilate très rapidement. Heureusement, je peux changer de position et essayer certains équipements à ma disposition, comme le ballon, mais c’est le bain qui est le grand gagnant. Les contractions sont tellement fortes que je m’endors entre elles. Vers 7h, les poussées commencent, c’est comme si mon corps était devenu possédé ! Ça pousse tout seul ! Les sages-femmes me guident tout en surveillant le cœur du bébé aux minutes, car on voit sa tête. Une des sages-femmes me fournit un petit miroir pour me permettre de voir tête de mon bébé. Ça m’encourage à pousser encore et encore.

De plus, dans toute cette action elles trouvent même le temps de rassurer mon chum. Au bout de trois heures, je suis faible et le cœur du bébé commence à se fatiguer. Les sages-femmes me disent : « Marie, on va t’aider, viens te coucher sur le lit ». À ce moment, tout ce que je souhaite c’est que la douleur s’arrête. Sans m’avertir (et tant mieux ), elles me font une épisiotomie qui me méritera 12 points de suture. Pour votre information, une épisiotomie est une intervention chirurgicale qui consiste à sectionner la muqueuse vaginale et les muscles superficiels du périnée afin d’agrandir l’orifice de la vulve et de faciliter l’expulsion du fœtus lors de l’accouchement. Ceci étant fait, elles vont chercher le bras de mon fils pour l’aider à sortir. Douleur, stupéfaction et soulagement ! Mon bébé dans les bras, je vis une panoplie d’émotions . Comme, je suis à l’hôpital, j’ai eu droit au meilleur gynécologue offert pour me faire mes points de suture avec un petit gaz hilarant en prime.

Un petit humain est né (et c’est le plus beau!)

Chaque parent vous dira comment leur bébé est le plus beau. Même si les bébés naissent en général rouges ou bleuâtres et ratatinés. Mais les parents ne voient pas ça, leur bébé est beau et merveilleux. Nous nous étions juré de ne pas tomber dans ce panneau. Trois jours après la naissance de notre fils, nous nous sommes regardé moi et mon conjoint avec les yeux cernés jusqu’aux joues : «C’est vraiment le plus beau bébé du monde, regarde ses yeux, sa petite bouche en forme de cœur et ses mains, tellement mini ». Nous avons éclaté de rire!

En fait, nous ne sommes en rien différents des autres parents. D’ailleurs, les sages-femmes ont compris cela depuis longtemps, car elles ont été d’accord avec nous. Quand nous leur demandions: « Il est beau, n’est-ce pas ? Il est si gentil! Vraiment, c’est bien le plus beau que vous ayez jamais vu de votre vie ? » Elles ont à tous coups répondu oui, et ce, de façon sincère. C’est à croire qu’elles accouchent exclusivement les plus formidables des bébés ! En fait, il faut être amoureux des humains pour exercer ce métier, seule la passion peut leur faire tenir le coup de nuits blanches, de longues heures de travail, parfois des jours sans dormir, soutenir les mères en pleine montée d’hormones, dans les pires douleurs, apaiser les pères et j’en passe.

Le jour où je débute cet article, mon corps bouillonne d’hormones, je ne tiens mon bébé dans mes bras que depuis quelques jours. J’ai besoin de sommeil et d’une période d’ajustement pour l’allaitement. Après l’accouchement, les sages-femmes viennent à domicile afin de me soutenir. J’ai le cœur plein de gratitude à l’égard de celles qui m’ont accompagnée durant chaque minute dans la plus extraordinaire et imprévisible aventure de ma vie.

Un accouchement est unique et remarquable avec ou sans péridurale ! C’est ce que les sages-femmes m’ont fait ressentir.

Un énorme merci aux sages-femmes qui m’ont permis de vivre ma grossesse et de mon accouchement de façon exceptionnellement humaine.

– Marie

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